Les langues désobéissantes
Un des grands défis pour quelqu’un qui vit dans un autre pays que celui de ses origines est d’apprendre- puis travailler- dans une langue qui n’est pas celle de sa mère (ni de sa grand-mère). Franchement ce qui sort de votre bouche n’est pas toujours ce qui germait dans votre cerveau.
Ce qui génère des moments embarrassants/amusants (ça depend de si vous l’avez dit ou que vous l’avez entendu).
Une fois, je taquinais une Française qui travaillait avec nous dans un café bar Chrétien au début de mon séjour au Luxembourg. Je l’ai un peu vexée, ce qui était le but. Un de mes dons est celui d’irriter.
Puis je voulus lui dire : « Regardez Françoise. Il y a de la fumée qui sort de ses oreilles maintenant. » Mais ce que je lui dit fut : « Regardez Françoise. Il y a du fumier qui sort de ses oreilles. »
« J’espère que non ! » rigola t-elle.
Mais il y a quelque chose qui change plus que votre langue. Après avoir passé des années dans une autre culture, vous commencez à vous poser la question sur ce que vous êtes. Enfin, je n’étais pas Luxembourgeois ni Français, même après avoir habité ces deux pays durant des années. J’ai une autre histoire et mes parents m’ont inculqué leur façon de regarder le monde au départ.
C’est un long voyage : aller d’un tout petit village dans le sud des USA jusqu’à Paris.
Mais d’un autre côté, je n’étais plus du tout ce que j’étais. Je ne me sens pas toujours à ma place quand je rentre aux USA, surtout au départ. Ma famille et ma culture d’origine sont aux USA, mais la plupart de mes amis et mon travail est en Europe.
Comme une chenille qui s’est métamorphosée seulement en partie en papillon et puis s’est arrêtée, je ne me sens pas tout à fait Américain ni tout à fait Européen. Les deux ont des atouts formidables, mais quelque fois j’ai le sentiment que je ne suis ni l’un ni l’autre.
Ni chenille ni papillon, on devient plus « chenillon » ou peut-être une « papille ». On est de toute façon un amalgame un peu bizarre.
Un jour alors que je réfléchissais sur la vie de Joseph, quelque chose m’a vivement interpelé. Vous connaissez l’histoire. Ses voyous de frères, pleins de jalousie, l’avaient vendu comme esclave et il vécut plusieurs années en Egypte.
Par un processus, Dieu l’a libéré de l’esclavage, puis de la prison et l’a élevé au rang de deuxième dirigeant du pays. Souvenez-vous quand ses frères sont venus en Egypte pour chercher des vivres–car il y avait la famine–et qu’ils ne l’ont pas reconnu ! (Je sais que vous avez seulement lu l’histoire. La plupart d’entre vous n’était pas assez âgé pour y être à ce moment-là).
Il les invita à manger et nous constatons que la salle à manger est disposée bizarrement—trois tables différentes dans la même pièce. Bien que Joseph soit leur maître, les Egyptiens ne mangeaient pas avec lui à cause de leurs préjugés raciaux. Je suppose que ses frères Hébreux le croyaient Egyptien et les deux ne se mélangeant pas à table, alors ils furent installés autour d’une autre table.
Et voilà notre pauvre Joseph, tout seul—ni Egyptien ni tout à fait Hébreu comme avant. C’est un peu triste, n’est pas ? Pas du tout, parce que Dieu s’est servi de cet étranger pour sauver et les Egyptiens et les Hébreux de la famine qui commençait à étreindre les gens de cette région-là.
Quelqu’un devait se sacrifier pour que d’autres soient sauvés. Joseph est une image du Seigneur Jésus, qui est devenu étranger dans un autre pays pour sauver sa « famille ». Jésus a quitté les gloires familières du ciel pour marcher sur les chemins poussiéreux de la Galilée et la Judée. Il l’a fait pour nous sauver.
Dieu nous dit à chacun de faire la même chose. Si vous voulez être rassasiés de votre propre personne, vous ne serez pas satisfait en tant que Chrétien. Nous, nous sommes pleins de Lui et de sa volonté pour notre vie.
Je vois souvent des gens comme Joseph. Ils abandonnent le chemin facile pour aider des enfants blessés, ou passer du temps avec les gens âgés et seuls, ou pour partager l’évangile avec des voisins d’une autre culture, ou qui investissent beaucoup de temps dans la chose qu’ils croient que Dieu les a appelés à faire, et, et, et …
Peut-être qu’ils ne récoltent pas toutes les bonnes choses de ce monde-ci. De toute façon, ils ne sont pas d’ici.
« C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises; mais ils les ont vues et saluées de loin, reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie. S’ils avaient eu en vue celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner. Mais maintenant ils en désirent une meilleure, c’est-à-dire une céleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu, car il leur a préparé une cité. » (Heb. 11:13-16)
Joseph abandonna sa patrie pour obéir au Seigneur (avec “l’aide” de ses frères), mais Canaan n’était pas chez lui de toute façon. Il vivait pour rejoindre sa vraie patrie, à la fin de sa vie—cette ville céleste que Dieu prépare pour ceux qui l’aiment.
Alors, Joseph a-t-il eu une vie terrible ici-bas parce qu’il obéit à Dieu ? Vous plaisantez ? Il a sauvé sa famille ; Dieu lui a donné une position élevée dans son pays adoptif ; il a vu son papa de nouveau ; et il a reçu le double héritage de son père par ses deux fils Ephraïm et Manassé qui sont devenus des tribus en Israël.
Cela nous effraie d’être différent—mais ça vaut la peine !
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